| Publication ahead of print | ||
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| Journal |
Nat. Sci. Soc.
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| DOI | https://doi.org/10.1051/nss/2026006 | |
| Published online | 24 March 2026 | |
NSS en questions
En tant que revue promouvant la réflexivité critique sur les recherches dont elle publie les résultats, NSS se doit de s’interroger régulièrement sur son projet, ses pratiques éditoriales et sa place dans un espace concurrentiel et en évolution permanente. Une démarche significative a été engagée en ce sens à l’aube de notre quatrième décennie, dont l’éditorial du numéro 1 de 2022 fixait le programme. Cela a conduit au manifeste publié en 20241 ainsi qu’à un nouvel ours. C’est à cette occasion que nous avons décidé de procéder à une évaluation externe de la revue en sollicitant l’ensemble des collègues, auteurs et autrices, relecteurs et relectrices, qui l’ont fait vivre entre 2018 et 2023.
Cette enquête, menée entre fin 2024 et début 20252, est une première dans notre démarche d’autoévaluation. Elle visait à examiner l’identité de la revue, ses atouts et ses limites. Un questionnaire en ligne a été envoyé aux collègues susmentionnés. Sur 544 adresses valides, nous avons obtenu 149 réponses (dont 88 complètes), ce qui correspond au taux très honorable de 27 % (respectivement 16 %). Il s’agit en très grande majorité de collègues issus des sciences humaines et sociales (84 % ; N = 893) et couvrant par ailleurs toutes les tranches d’âge (de 30 à 60 ans et plus). Une petite majorité (54 % ; N = 149) est constituée d’auteurs et d’autrices.
La première partie du questionnaire portait sur l’identité scientifique de la revue et demandait d’abord de la caractériser par trois mots ou expressions. Sans grande surprise, elle est très fortement associée à l’inter-, pluri-, transdisciplinarité, univers sémantique qui arrive largement en tête des occurrences (82 sur 260 termes recueillis, soit 31 %), devant un autre univers renvoyant aux grands domaines de la revue : environnement, interactions humains-environnement… (66 occurrences, soit 25 %). Il est assez significatif que le troisième univers évoque la posture de la revue, avec des termes comme réflexivité (sur les pratiques de recherche) ou diversité/ouverture (31 occurrences), devant la mention des disciplines (25 occurrences, dont 17 SHS, 6 écologie/environnement et 2 ingénierie/technologie). L’encadré ci-dessous donne une présentation détaillée des expressions et de leur classement thématique.
Classement des termes ou expressions caractérisant l’identité de NSS
inter-, pluri-, transdisciplinarité : 82 occurrences
domaines : environnement/nature/vivant (34), interactions humains-environnement (14), enjeux sociaux (4), durabilité/soutenabilité forte (2), participation en science (1), climat (3), agriculture (2), complexité/systémique (6), transition (2)
posture : réflexivité (10), diversité/ouverture (13), dialogue/débat (3), engagement (2), critique (3)
disciplines : SHS (17), biotechnique/écologie/environnement (6), ingénierie/technologie (2)
qualités : rigoureux, exigence scientifique, crédibilité, diversité des rubriques, traitements des questions chaudes, débat/actualités, controverses, méthodologies exploratoires, frontières des connaissances, nouveaux horizons de la recherche scientifique, hauteur de vue
autres : francophonie (4)
Cette identité est, très majoritairement, perçue comme originale dans le champ des revues francophones (80 % ; N = 974) et utile : Natures Sciences Sociétés occupe une « niche précieuse », pour reprendre l’expression d’un répondant, qu’elle partage avec Vertigo et Développement durable et territoires qui sont, de loin, les revues les plus citées comme proches de NSS. La question ouverte qui clôturait cette première partie du questionnaire a permis de recueillir d’utiles suggestions, notamment sur les efforts à faire dans plusieurs directions pour « mieux se faire connaître des sciences dures », « être beaucoup plus visible dans le champ des transitions écologiques et sociales », s’ouvrir davantage aux sciences de la durabilité et sciences transformatives ou encore aux sciences de l’information et de la communication ainsi qu’aux STS.
Les collègues interrogés reconnaissent très majoritairement NSS comme « une revue francophone de référence sur les relations entre les sociétés et les environnements » (80 % ; N = 93). Cela va de pair avec l’accord sur son haut niveau scientifique (63 % ; N = 93) et la satisfaction globale quant à l’équilibre des thématiques abordées (67 % ; N = 93) et à celui entre études de cas et monographies et entre textes théoriques et de synthèse (63 % ; N = 93). Les réponses sont plus dispersées sur un point sensible, celui de l’ouverture internationale par l’accroissement des publications en anglais : 37 % y sont favorables ou très favorables (N = 93) et 36 %, pas du tout ou plutôt pas (N = 93). Une analyse plus fine montre que cela semble varier par grands ensembles disciplinaires, les collègues des sciences de la nature y étant plus favorables que ceux des SHS, à l’exception de l’histoire. Mais ces résultats sont à manier avec précaution au regard des effectifs de répondants également très différenciés. Enfin, le questionnaire a permis d’apprécier le degré de reconnaissance académique de la revue, toujours au sein de chaque grand domaine disciplinaire : c’est en géographie-aménagement-urbanisme qu’il est le plus élevé (moyenne 3,9 sur l’échelle de Likert de reconnaissance disciplinaire de 1 à 5 ; N = 20), devant les sciences humaines (sociologie, anthropologie : moyenne 3,15 ; N = 32). Suivent à égalité (moyenne 3) les domaines économie-gestion-aide à la décision (N = 18), les sciences de la Terre et de l’environnement (N = 5) et les sciences de l’ingénieur (N = 2). Le degré de reconnaissance tombe à 2,65 en histoire (N = 3) et 2,5 en biologie-agronomie (N = 7).
Cette perception d’un haut niveau scientifique peut être mise en rapport, chez les auteurs et autrices (N = 81), avec la reconnaissance conjointe d’un niveau d’exigence élevé pour publier dans la revue (77 %) et de la plus-value apportée par l’accompagnement éditorial (65 %). Le point le plus sensible est celui du délai de publication : 46 % le jugent pas du tout ou plutôt pas comparable à celui d’autres revues, contre 34 % qui l’estiment plutôt ou tout à fait comparable. Cela se manifeste également dans les réponses à la question sur l’éventualité d’encourager un collègue à publier dans la revue, qu’on ait publié soi-même ou non : si la réponse « oui » (64,5 % ; N = 93) est justifiée par les raisons de positionnement « en dehors des orthodoxies disciplinaires », de diversité thématique et méthodologique, de reconnaissance académique et de possibilité « d’atteindre des publics plus larges que ceux des revues spécialisées », les 7 réponses « non » (7,5 %) évoquent une procédure éditoriale lente et fastidieuse, assortie parfois d’une mauvaise expérience avec les exigences « déraisonnables » de relecteurs, tandis que celles et ceux qui ont répondu « ça dépend » (28 %) permettent de dresser le portrait d’un type d’auteur potentiel : quelqu’un qui aurait du temps devant lui, qui veut « faire de l’interdisciplinaire » et valoriser « la réflexivité face à des questionnements insolubles », qui souhaite ou accepte de s’adresser essentiellement à la communauté francophone, ce qui globalement tendrait plutôt à exclure les jeunes collègues soumis à la pression temporelle, disciplinaire et internationale, donc linguistiquement anglo-saxonne.
Une revue dans laquelle on publie ou à laquelle on collabore par des évaluations5 pourrait a priori être une revue qu’on lit assez systématiquement. Mais c’est loin d’être le cas : seule une minorité de collègues lisent au moins un article ou contenu de chaque numéro (28 % ; N = 91). Un gradient d’intérêt pour les différentes rubriques est assez notable : les articles recueillent un niveau d’intérêt élevé ou très élevé pour 80 % des collègues (N = 90), devant les contenus de la rubrique Repères (57 %), suivis des Regards (51 %) et Vie de la recherche (50 %) et enfin des éditoriaux (45 %).
L’enquête a également permis de montrer que les collègues étaient peu nombreux à être abonnés aux alertes de publication de notre éditeur EDP Sciences (12 % ; N = 91), mais il est toujours temps de le devenir6 ! Et il est aussi possible, pour celles et ceux qui ont été adhérents dans le passé à l’association NSS-Dialogues, propriétaire de la revue, mais ne le sont plus (12 % ; N = 89), ou qui ne l’ont jamais été mais pourraient l’envisager (37 %), de la rejoindre et de participer à ses activités7.
L’aggiornamento auquel nous nous sommes livrés ces dernières années et dont nous rendons compte ici a également eu sa traduction dans le renouvellement du comité de rédaction − avec un intérêt manifeste des collègues qui nous rejoignent − et, en cours, de la rédaction en chef. Ainsi, nous disposons, au travers de cette enquête et en appui au travail d’autoévaluation mené en interne, de matière à réflexion pour poursuivre l’aventure engagée depuis 1993, dans le respect des principes fondateurs et en intégrant l’indispensable évolution appelée par les bouleversements actuels des natures, des sciences et des sociétés. Cet éditorial est également une invitation à poursuivre le dialogue avec vous, lecteurs et lectrices, sans nécessairement attendre la prochaine enquête !
Enquête pilotée par les signataires avec l’appui de membres du comité de rédaction : Olivia Aubriot, Olivier Barreteau, Marcel Jollivet.
Chaque pourcentage sera accompagné du nombre absolu auquel il se réfère : ici, sur 89 réponses exploitables à cette question, 84 % des collègues s’inscrivent dans le champ des SHS.
Toutes les formulations de ce type renvoient à des questions de positionnement (par exemple, « Ce projet vous paraît-il original ? ») associées à des échelles de Likert de 1 (pas du tout) à 5 (tout à fait). Sauf avis contraire, le pourcentage est calculé à partir de la somme des réponses 1 et 2, ou 4 et 5.
Plutôt dans de bonnes conditions d’ailleurs : l’enquête ne fait pas remonter de problème avec la grille d’évaluation des articles.
Pour adhérer à l’association, vous pouvez écrire à This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it. .
© R. Barbier et al., Hosted by EDP Sciences
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