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Nat. Sci. Soc.
Section Repères – Events & books
DOI https://doi.org/10.1051/nss/2018045
Published online 28 November 2018

Cette rubrique signale les ouvrages récemment parus en reprenant la quatrième de couverture ou la présentation des éditeurs. Les livres sont classés en trois catégories : les ouvrages thématiques par objet d’étude ; les ouvrages sur la science et ses rapports avec la société ; les ouvrages de réflexion sur les sciences.

Agriculture, alimentation

Innovation et développement dans les systèmes agricoles et alimentaires
Guy Faure, Yuna Chiffoleau, Frédéric Goulet, Ludovic Temple, Jean-Marc Touzard
Quæ, 2018, 260 p.

L’innovation est souvent présentée comme l’un des principaux leviers pour promouvoir un développement plus durable et plus inclusif. Dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation, l’innovation est marquée par des spécificités liées à sa relation à la nature, mais aussi à la grande diversité d’acteurs concernés, depuis les agriculteurs jusqu’aux consommateurs, en passant par les services de recherche et de développement. L’innovation émerge des interactions entre ces acteurs, qui mobilisent des ressources et produisent des connaissances dans des dispositifs collaboratifs afin de générer des changements. Elle recouvre des domaines aussi variés que les pratiques de production, l’organisation des marchés ou les pratiques alimentaires. L’innovation est reliée aux grands enjeux de développement : innovation agroécologique, innovation sociale, innovation territoriale, etc.

Cet ouvrage porte un regard sur l’innovation dans les systèmes agricoles et alimentaires. Il met un accent particulier sur l’accompagnement de l’innovation, en interrogeant les méthodes et les organisations, et sur l’évaluation de l’innovation au regard de différents critères. Il s’appuie sur des réflexions portées par différentes disciplines scientifiques, sur des travaux de terrain conduits tant en France que dans de nombreux pays du Sud, et enfin sur les expériences acquises en accompagnant des acteurs qui innovent. Il combine des synthèses sur l’innovation et des études de cas emblématiques pour illustrer les propos. L’ouvrage est destiné aux enseignants, professionnels, étudiants et chercheurs.

Changement climatique

Coping with the climate crisis. Mitigation policies and global coordination
Rabah Arezki, Patrick Bolton, Karim El Aynaoui, Maurice Obstfeld (Eds)
Columbia University Press, 2018, 232 p.

Reducing carbon emissions is the most complex political and economic problem humanity has ever confronted. Coping with the climate crisis brings together leading experts from academia and policy circles to explore issues related to the implementation of the COP21 Paris Agreement and the challenges of accelerating the transition toward sustainable development.

The book synthesizes the key insights that emerge from the latest research in climate-change economics in an accessible and useful guide for policy makers and researchers. Contributors consider a wide range of issues, including the economic implications and realities of shifting away from fossil fuels, the role of financial markets in incentivizing development and construction of sustainable infrastructure, the challenges of evaluating the well-being of future generations, the risk associated with uncertainty surrounding the pace of climate change, and how to make climate agreements enforceable. They demonstrate the need for a carbon tax, considering the issues of efficiently pricing carbon as well as the role of supply-side policies on fossil fuels. Through a range of perspectives from academic economists and practitioners in the public and private sectors who work either at the country level or under the auspices of multilateral organizations, Coping with the climate crisis outlines what it will take to achieve a viable, global climate-stabilization path.

Penser la justice climatique. Devoirs et politiques
Michel Bourban
Presses universitaires de France, 2018, 432 p.

Le changement climatique soulève de redoutables problèmes de justice : il rend nécessaire la réinterprétation de concepts moraux traditionnels comme la nuisance et la responsabilité, et nous pousse à chercher de nouveaux concepts normatifs comme l’Anthropocène. Par-là, il nous oblige à inventer des dispositifs politiques, économiques et sociaux adaptés, alors même que rien ne garantit que nos théories morales revisitées nous permettront de comprendre toutes les questions éthiques soulevées par le changement climatique. Et que rien ne garantit non plus qu’une réforme de nos institutions parviendra à éviter les nuisances irréversibles. Mais ne pas prendre ces défis au sérieux augmenterait le risque de déclencher un changement climatique catastrophique et de réaliser les scénarios les plus injustes pour les plus pauvres, les générations futures, ainsi que pour les êtres vivants non humains dont la responsabilité nous incombe désormais.

Développement durable et transitions

Éloge des mauvaises herbes. Ce que nous devons à la Zad
Jade Lindgaard (Ed.)
Les Liens qui libèrent, 2018, 205 p.

Pour la première fois des intellectuels et des écrivains prennent parti pour la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Ils expliquent que la « zone à défendre » est bien plus qu’un bout de bocage. Dans un monde où tout doit être normé, catalogué, mesuré, homogénéisé, s’y inventent de nouvelles formes de vies et de liberté. C’est un carré de mauvaises herbes dans un paysage artificialisé, calibré et bétonné.

Sur la Zad, on existe en commun et on cohabite avec la nature. On partage des rêves et des outils. On sort de l’emprise du marché en construisant sa cabane en terre-paille. On redonne du sens au travail en élevant des vaches et en prenant soin de la forêt. On échappe au couperet de l’État en cultivant les solidarités et l’accueil. On lutte en dormant et on prépare les alternatives en occupant des terres. Ce n’est pas une utopie, c’est notre réalité de demain qui prend forme sous nos yeux.

Nachhaltigkeit und transition – Transition écologique et durabilité. Regards franco-allemands sur le changement socio-écologique
Anahita Grisoni, Rosa Sierra (Eds)
Campus, tome 1, 2017, 372 p. ; tome 2, 2018, 405 p.

Issus du projet de recherche « Saisir l’Europe, Europa als Herausforderung », ces volumes rassemblent des contributions en allemand et en français sur les concepts de durabilité et de transition écologique. Les questions éthiques et épistémologiques sont au centre du premier volume : comment et pour qui la durabilité devrait-elle être conçue ? Comment prendre en compte les limites naturelles de la planète et les phénomènes de l’Anthropocène ? Il examine également comment ces concepts se reflètent dans différentes disciplines– histoire, sociologie, géographie. Le deuxième volume comprend des analyses des questions politiques, économiques et sociales qui jouent un rôle central dans la formulation et la mise en œuvre d’objectifs de protection de l’environnement, de durabilité et de transition écologique. Il présente également les principaux acteurs, leurs initiatives et leurs pratiques.

Penser et mettre en œuvre les transitions écologiques
Agathe Van Lang (Ed.)
Mare « Martin, 2018, 270 p.

Objectif de politiques publiques depuis 2012, la transition écologique a été consacrée par l’installation d’un ministère de la Transition écologique et solidaire dans le gouvernement Philippe en 2017. La notion de transition écologique n’est pourtant pas, à ce jour, parfaitement définie. Le présent ouvrage constitue la première réflexion collective menée sous l’angle des sciences juridiques sur ce nouvel objet d’étude, complexe et riche de développements à venir. La transition écologique ne se résume pas, en effet, à la transition énergétique qui en est l’une des composantes les plus connues. Elle représente en réalité un projet beaucoup plus vaste et ambitieux. On y devine déjà un changement réfléchi, un cheminement désiré vers un nouveau modèle de société, mais encore un processus subi, imposé même par la crise écologique et n’offrant pour cette raison aucune prévisibilité. La diversité des approches théoriques comme la variété des manifestations concrètes de la mutation en cours conduisent à examiner les transitions écologiques. Nécessairement interdisciplinaire et prospective, la réflexion porte sur les contours du droit de la transition écologique, ses concepts et principes porteurs et ceux dont elle s’affranchit, le développement durable en particulier (Penser). Elle interroge également ses manifestations en droit positif, en étudiant la transition énergétique, la gestion des ressources et espaces marins et le renouvellement du rapport homme-nature dans sa dimension propriétariste, grâce notamment aux exemples latino-américains (Mettre en œuvre). Cet ouvrage offre donc une précieuse clef de lecture pour comprendre les évolutions juridiques contemporaines marquées par les transitions écologiques.

The political economy of sustainability
Fred P. Gale
Edward Elgar, 2018, 304 p.

This theoretical and practical book builds on the knowledge that sustainability’s value pluralism cannot be reconciled with the value monism of classical, neoclassical, nationalist or socialist political economy. Developing the concept of sustainability value, which requires integrating economic (exchange), social (labour), environmental (intrinsic) and cultural (use) values in all processes of extraction, manufacturing, trade, consumption and disposal, the book reformulates our understanding of key political economy topics such as trade, investment, preference formation, corporate governance and the role of the state. The book illustrates how sustainability value is being realised via multi-stakeholder networks which, forming at the community, national and global levels, enable the required cross-value deliberation.

Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre)
Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle
Seuil, 2018, 336 p.

La situation critique dans laquelle se trouve la planète n’est plus à démontrer. Des effondrements sont déjà en cours tandis que d’autres s’amorcent, faisant grandir la possibilité d’un emballement global qui signifierait la fin du monde tel que nous le connaissons. Le choix de notre génération est cornélien : soit nous attendons de subir de plein fouet la violence des cataclysmes à venir, soit, pour en éviter certains, nous prenons un virage si serré qu’il déclencherait notre propre fin-du-monde-industriel.

L’horizon se trouve désormais au-delà : imaginer la suite, tout en se préparant à vivre des années de désorganisation et d’incertitude. En toute honnêteté, qui est prêt à cela ? Est-il possible de se remettre d’un déluge de mauvaises nouvelles ? Peut-on simplement se contenter de vouloir survivre ? Comment se projeter au-delà, voir plus grand, et trouver des manières de vivre ces effondrements ?

Dans ce deuxième opus, après Comment tout peut s’effondrer, les auteurs montrent qu’un changement de cap ouvrant à de nouveaux horizons passe nécessairement par un cheminement intérieur et par une remise en question radicale de notre vision du monde. Par- delà optimisme et pessimisme, ce sentier non balisé part de la collapsologie et mène à ce que l’on pourrait appeler la collapsosophie…

Énergie

Energy transitions. A socio-technical inquiry
Olivier Labussière, Alain Nadaï (Eds)
Palgrave Macmillan, 2018, 348 p.

This book elucidates what it means to transition to alternative sources of energy and discusses the potential for this energy transition to be a more democratic process. The book dynamically describes a recent sociotechnical study of a number of energy transitions occurring in several countries– France, Germany and Tunisia, and involving different energy technologies including solar, on/off-shore wind, smart grids, biomass, low-energy buildings, and carbon capture and storage. Drawing on a pragmatist tradition of social inquiry, the authors examine the consequences of energy transition processes for the actors and entities that are affected by them, as well as the spaces for political participation they offer. This critical inquiry is organised according to foundational categories that have defined the energy transition–‘renewable’ energy resources, markets, economic instruments, technological demonstration, spatiality (‘scale’)  and temporality (‘horizon[s]’). Using a set of select case studies, this book systematically investigates the role these categories play in the current developments in energy transitions.

Écologie, biodiversité, évolution

La compensation écologique. Concepts et limites pour conserver la biodiversité
Baptiste Regnery
Muséum national d’Histoire naturelle, 2017, 288 p.

L’homme construit de nouvelles infrastructures (routes, bâtiments, espaces de loisirs, etc.) à une vitesse jamais vue auparavant. Or, si ces projets sont des vecteurs de développement économique et social, ils sont aussi une source importante de dégradation et de destruction d’espaces naturels. En cette période de crise écologique, il est urgent de chercher à réconcilier le développement avec la conservation de la biodiversité. La compensation est devenue un enjeu-clé des politiques publiques de préservation de la biodiversité.

On compense de plus en plus les impacts d’aménagement par l’utilisation de l’ingénierie et de la restauration écologiques. Mais est-ce la solution ? Quels sont les impacts réels des projets d’aménagement et des mesures compensatoires sur la biodiversité ? Comment les mesurer ? Quelles sont les connaissances scientifiques sur la faisabilité et la durabilité des mesures compensatoires ? Comment faire de la compensation un outil efficace pour la préservation de la biodiversité ?

L’objectif de cet ouvrage est d’apporter une réflexion scientifique et critique sur la compensation écologique. À partir des sciences écologiques, l’auteur analyse le mécanisme de compensation et apporte des éclairages pour mesurer, évaluer, restaurer, comparer, ou encore suivre la biodiversité. Ce faisant, il montre que les mesures compensatoires se heurtent à de nombreuses limites et s’avèrent un moyen d’action très insuffisant face au rythme actuel de l’artificialisation des sols. Il propose une voie vers l’objectif d’« absence de perte nette de biodiversité », fondée sur l’évitement des impacts et une utilisation éthique et solidaire des espaces naturels.

Ce livre fait le point sur les connaissances scientifiques et techniques d’un sujet au cœur des préoccupations de développement durable. Il s’adresse à un large public : aménageurs, décideurs, gestionnaires d’espaces naturels, étudiants en sciences de l’environnement, citoyens intéressés par les questions d’environnement.


La part sauvage du monde. Penser la nature dans l’Anthropocène
Virginie Maris
Seuil, 2018, 272 p.

En déclarant la mort de la nature, nombreux sont ceux qui voient dans l’Anthropocène l’opportunité de prendre enfin les commandes d’un système-Terre entièrement modelé par les humains. à rebours de cet appel au pilotage global, Virginie Maris réhabilite l’idée de nature et défend la préservation du monde sauvage. Elle revisite pour cela les attributs de la nature que les fantasmes prométhéens du contrôle total s’appliquent à nier : son extériorité, en repensant la frontière entre nature et culture ; son altérité, en reconnaissant la façon dont les non-humains constituent leurs mondes tout comme nous constituons le nôtre ; et enfin son autonomie, en se donnant les moyens de respecter et de valoriser ces mondes multiples.

L’auteur invite à remettre au cœur de la réflexion sur la crise environnementale la nécessité de limiter l’emprise humaine sur la planète, en redonnant toute sa place au respect de cette nature indocile qui peuple nos paysages, nos imaginaires, et qui constitue finalement l’autre face de notre humanité.

Structures sociales et systèmes naturels. L’assemblage scientifique est-il réalisable ?
Georges Guille-Escuret
ISTE editions, 2018, 242 p.

Prise en étau entre les causalités caricaturales du déterminisme biologique et les abdications sinistres du relativisme sociologique, l’interdisciplinarité socioécologique piétine. Elle a perdu de vue l’ambition d’un programme à long terme et ne travaille plus à instruire la recherche appliquée sur les prérequis concrets d’une coopération fiable, en dépit de l’accumulation des urgences.

La difficulté tient au délaissement général et prolongé de procédures nécessaires, sous l’influence de présomptions philosophiques masquées. Au bout du compte, l’écologie, la sociologie, l’histoire, l’économie, l’agronomie, etc. se révèlent gravement handicapées par l’absence d’une épistémologie commune de la pratique comparative, absence entretenue par l’épistémologie dominante elle-même.

Structures sociales et systèmes naturels s’emploie à montrer à partir de l’anthropologie sociale et de l’écologie une compatibilité scientifique de leurs recherches, moyennant des exigences méthodologiques qui sont déductibles des conditions d’existence de la science elle-même. Tout cela se résume à un constat : cet ouvrage sera une réussite si, et seulement si, il devient un début.

Gestion des ressources

Affronter le manque d’eau dans une métropole. Le cas de Recife – Brésil
Paul Cary, Armelle Giglio, Ana Maria Melo (Eds)
Presses universitaires du Septentrion, 2018, 258 p.

São Paulo, San Francisco, Rome… Les métropoles, au Nord et au Sud, manquent régulièrement d’eau. Les 4 millions d’habitants de Recife, au Brésil, affrontent depuis plusieurs décennies les défaillances du réseau public : l’eau au robinet fait souvent défaut et sa qualité n’est pas assurée. Les habitants se sont organisés pour faire face selon leurs moyens financiers : puits profonds, ravitaillement par camions-citernes ou connexions illégales sont monnaie courante. Les pouvoirs publics minimisent les problèmes tout en tentant de réguler le secteur et d’investir dans les réseaux d’eau et d’assainissement. Cependant, la rapidité des changements climatiques et de l’urbanisation a des impacts majeurs sur la ressource, en particulier sur les eaux souterraines. Est-il déjà trop tard ou quand le sera-t-il ? Fruit de la collaboration de chercheurs en sciences sociales et en sciences de la terre, cet ouvrage propose une analyse sans concession du défi de la gestion de l’eau dans les métropoles.

Vers une république des biens communs ?
Nicole Alix, Jean-Louis Bancel, Benjamin Coriat, Frédéric Sultan (Eds)
Les Liens qui libèrent, 2018, 320 p.

Des jardins partagés aux logiciels libres, des encyclopédies en ligne aux recycleries installées dans les quartiers des villes ou dans les campagnes, les « communs » semblent essaimer partout. Mais pourquoi ce succès ? Et comment expliquer cet essor ?

Cet ouvrage montre comment nous sommes entrés dans une phase nouvelle, celle de l’enracinement des communs dans la société, de leur extension à des domaines sans cesse élargis de la vie sociale et de leur pérennisation dans le temps. Car les auteurs partagent cette conviction : le commun n’est pas destiné à venir compenser les déficiences d’un monde capitaliste et marchand. Instrument d’une citoyenneté refondée, le commun comme les hybrides auxquels il ne peut manquer de donner lieu (mutuelles de travail, coopératives « ouvertes », plateformes numériques, etc.) ont vocation à se déployer comme formes économiques majeures, au service du bien commun.

En tirant parti de l’expérience mutualiste, coopérative et associative, ce livre s’efforce de penser dès aujourd’hui la connexion et la coopération entre communs pour aider à ce que cet avenir se réalise. Si l’on veut échapper à l’enfermement des communs dans un monde fait d’îlots séparés, il faut d’emblée envisager les relations des communs à l’entreprise, à la ville, au territoire, à l’action citoyenne, et commencer à préfigurer et à anticiper dans la pensée comme dans l’action ce que pourrait être une république des communs.

Gestion et politiques de l’environnement

The ecocentrists. A history of radical environmentalism
Keith Makoto Woodhouse
Columbia University Press, 2018, 392 p.

Disenchanted with the mainstream environmental movement, a new, more radical kind of environmental activist emerged in the 1980s. Radical environmentalists used direct action, from blockades and tree-sits to industrial sabotage, to save a wild nature that they believed to be in a state of crisis. Questioning the premises of liberal humanism, they subscribed to an ecocentric philosophy that attributed as much value to nature as to people. Although critics dismissed them as marginal, radicals posed a vital question that mainstream groups too often ignored: is environmentalism a matter of common sense or a fundamental critique of the modern world?

In The ecocentrists, Keith Makoto Woodhouse offers a nuanced history of radical environmental thought and action in the late-twentieth-century United States. Focusing especially on the group Earth First!, Woodhouse explores how radical environmentalism responded to both postwar affluence and a growing sense of physical limits. While radicals challenged the material and philosophical basis of industrial civilization, they glossed over the ways economic inequality and social difference defined people’s different relationships to the nonhuman world. Woodhouse discusses how such views increasingly set Earth First! at odds with movements focused on social justice and examines the implications of ecocentrism’s sweeping critique of human society for the future of environmental protection. A groundbreaking intellectual history of environmental politics in the United States, The ecocentrists is a timely study that considers humanism and individualism in an environmental age and makes a case for skepticism and doubt in environmental thought.

La propriété de la Terre
Sarah Vanuxem
Wildproject, 2018, 144 p.

Contre la doctrine dominante, Sarah Vanuxem démontre dans cet ouvrage que la propriété ne peut pas être conçue comme ce « pouvoir souverain d’un individu sur les choses ». Même dans le droit moderne, dans le Code civil lui-même, dans ses racines romaines et médiévales, la propriété est prise dans la communauté– les choses sont enracinées dans le commun. En montrant qu’il est possible d’accorder des droits aux lieux, Sarah Vanuxem permet de sortir, de l’intérieur même de notre droit, de la conception occidentale moderne et de faire converger nos héritages juridiques avec les perspectives écoféministes et indigènes les plus radicales.

Quand les eaux montent. Mise en patrimoine des crues et des inondations
Alexis Metzger, Jamie Linton (Eds)
L’Harmattan, 2018, 208 p.

Les inondations et les crues, une forme de patrimoine ? C’est la question paradoxale au premier abord que pose cet ouvrage, publié dans le cadre des travaux de la chaire Capital environnemental et gestion durable des cours d’eau (GEOLAB/Université de Limoges). Mettant en lumière différents cas d’étude en France, en Grande-Bretagne, en Italie, en Inde et au Canada, il interroge les dimensions sociales et culturelles des inondations. Car autour de ce risque gravitent des enjeux de traces, de mémoires, de représentations, de sensibilisation… que les différents chapitres relient au concept de patrimoine. Les inondations comme les crues peuvent constituer une forme de patrimoine matériel et immatériel, construite par les acteurs locaux tels que les autorités ou les habitants, voire une ressource pour les territoires, aussi bien physique que sociale. Selon les exemples développés, ces liens sont plus ou moins forts.

Ce livre aborde ces enjeux avec une perspective critique, en confrontant des regards de géographes, d’historiens et de sociologues qui nous emmènent dans la Loire, sur le Rhin, la Garonne, près de la rivière des Outaouais en Ontario ou encore le long du Brahmapoutre et du Tibre. Si « vivre avec » les inondations apparaît de plus en plus comme une nécessité, il s’agit de montrer aussi en quoi l’inondation, dans des territoires, peut être patrimonialisée par différents biais qui lui confèrent des attributs dignes d’être conservés et transmis. Renversons donc la perspective et voyons ce qu’une lecture patrimoniale des inondations peut apporter aux territoires.

Une histoire de la radicalité environnementale aux États-Unis
Jean-Daniel Collomb
Presses universitaires de Bordeaux, 2018, 270 p.

Comment peut-on parler de radicalité environnementale au pays des climatosceptiques et du charbon roi ? Malgré son obsession de l’abondance matérielle et son goût pour un mode de vie extrêmement énergivore, la nation américaine a aussi produit de nombreuses voix dissidentes, de Henry David Thoreau à J. Baird Callicott, en passant par John Muir, Aldo Leopold et Rachel Carson. Dans cet ouvrage, la radicalité environnementale désigne le rejet d’une vision purement anthropocentrée du rapport entre les humains et le vivant non humain. Depuis le milieu du XIXe siècle, des écrivains de la nature, des philosophes et des militants ont plaidé, et parfois agi, en faveur d’un décentrement du point de vue humain aux États-Unis.

Ce livre retrace le développement de ce projet écocentriste de l’ère transcendantaliste jusqu’à celle de l’Anthropocène. Comment surmonter la distinction moderne entre nature et culture afin de faire advenir une redéfinition de notre rapport éthique avec le vivant non humain ? Tel est le défi que ces radicaux ont tenté de relever en s’inspirant les uns des autres tout en s’adaptant aux évolutions sociales, culturelles et historiques de leurs époques respectives.

Risques

AZF/Total : responsable et coupable
Rémy Jean, Philippe Saunier (Eds)
Syllepse, 2018, 168 p.

L’explosion d’AZF à Toulouse, le 21 septembre 2001, a été l’accident industriel le plus dramatique depuis l’après-guerre en France. Ce livre a été écrit à la suite du jugement du 31 octobre 2017 de la cour d’appel de Paris qui a condamné l’entreprise et son directeur pour manquements à leurs obligations de sécurité, après seize ans de procédures et de manœuvres. Il revient sur les causes de l’explosion, expose la complète responsabilité de l’industriel et témoigne du long combat des victimes pour que cette responsabilité soit reconnue. Quatorze acteurs de ce combat – militants associatifs, syndicalistes, avocats, représentants du personnel, chercheurs et experts en santé et sécurité au travail – prennent ici la parole. Ils donnent à voir toutes les facettes de la stratégie du groupe Total pour masquer ce qu’il savait, échapper à la sanction et continuer à faire primer ses intérêts économiques sur les impératifs de sécurité. Ils mettent également en lumière le laisser-faire injustifiable des institutions publiques envers cette multinationale.

Un livre écrit pour que soient tirés les enseignements permettant de prendre les dispositions pour éviter qu’un autre AZF ne survienne et qui paraît à l’occasion du 17e anniversaire de la catastrophe.

The sociotechnical constitution of resilience. A new perspective on governing risk and disaster
Sulfikar Amir (Ed.)
Palgrave Macmillan, 2018, 289 p.

This book considers the concept of resilience in a global society where coping with the consequence and long term impact of crisis and disaster challenges the capacity of communities to bounce back in the event of severe disruption. Catastrophic events such as the 9.11 terrorist attack, the Fukushima nuclear disaster, and the volcano eruption in Central Java entailed massive devastation on physical infrastructures, and caused significant social and economic damage. This book considers how the modern sociotechnological system facilitating human activity defines how societies survive and whether a crisis will be short-lived or prolonged. Drawing on the concept of sociotechnical resilience, this book closely examines a range of events in North America, Asia, Australia, and Europe. By presenting the successes and failures of sociotechnical resilience, it offers important insights and practical lessons to build better and comprehensive understandings of resilience in a real-world setting, significantly contributing to the study of disaster resilience.

La science en action

Questionner la recherche. Contributions des jeunes chercheurs aux systèmes complexes
Laura Déléant, Jérémy Filet, Lisa Jeanson (Eds)
Presses universitaires de Nancy/Éditions universitaires de Lorraine, 2018, 372 p.

Cet ouvrage propose des perspectives novatrices de jeunes chercheurs s’interrogeant sur l’évolution des pratiques et des objets d’études devenus complexes. Il rassemble les réponses à l’appel à contributions passé suite à la Journée internationale des jeunes chercheurs « Quelles questions pour quelles recherches ? » (Université de Lorraine, 16 juin 2017).

Dans une perspective collaborative, ces chercheurs de différents horizons culturels et disciplinaires ont présenté, visuellement ou textuellement, des méthodologies et/ou des concepts originaux dans leur approche ou de par leur(s) objet(s) d’étude.

Les frontières disciplinaires se retrouvent bousculées, déconstruites. Ainsi, on découvre dans ce recueil de surprenants liens tissés entre des conceptions antiques et des pratiques de recherches contemporaines, une recherche de rationalité dans l’art communément considéré subjectif, ou encore l’étude d’objets pouvant paraître insolites. Qui penserait, de premier abord, à étudier les représentations télévisuelles ou l’influence d’un récit littéraire sur l’attitude rocambolesque d’un groupe de saltimbanques ?

On s’interroge également sur les apports de la psychologie, de la sociologie, de la philosophie ou encore de la géographie dans des domaines pratiques comme la médecine. La question de la praticité de la recherche universitaire est également abordée à travers des exemples de contributions de chercheurs en entreprise, qui estompent les limites entre chercheurs et problématiques sociétales. Les principes éthiques et la déontologie que l’on pensait immuables sont également interrogés, confrontés aux réalités des recherches de terrain.

Les objets nouveaux et complexes de la recherche dissolvent les frontières disciplinaires et nécessitent la collaboration des chercheurs, donnant naissance à des champs trans– inter ou pluridisciplinaires et faisant émerger des interrogations, allant même jusqu’à oser « l’indiscipline ». Ce sont ces questions cruciales qui ébranlent le monde de la recherche aujourd’hui que les éditeurs ont rassemblées ici.

Santé

Pathologies environnementales. Identifier, comprendre, agir
Marie Gaille (Ed.)
CNRS Éditions, 2018, 384 p.

Particules nocives dispersées dans l’air, zone d’habitation souillée par des déchets toxiques, revêtements intérieurs nuisibles à la santé, perturbateurs endocriniens… Cette actualité alarmante expose notre vie quotidienne à des risques difficilement imaginables. Les catastrophes aux conséquences diverses, si elles font les grands titres de la presse, suscitent des controverses où de nombreux acteurs interviennent : gouvernants, juristes, scientifiques, entreprises, associations et collectifs de citoyens. À quel facteur imputer la ou les cause(s) et selon quelle procédure ? Comment déterminer le facteur décisif ? Cet ouvrage donne les clés de compréhension de ces controverses et de leurs enjeux. Comme l’identification des produits nocifs et des seuils de dangerosité pour la santé humaine exige des interventions relevant de champs différents, biologistes, toxicologues, épidémiologistes, géographes, sociologues, politistes, juristes, philosophes sont ici mobilisés.

Ce sont en quelque sorte les conditions de l’expertise qui nous sont dévoilées, son parcours, son passage, sa « traduction » et ses blocages entre scientifiques, industriels, et instances décisionnaires ou associations.

Histoire et philosophie des sciences

La connaissance de la vie aujourd’hui
Jean Gayon, Victor Petit
ISTE editions, 2018, 540 p.

La connaissance de la vie aujourd’hui présente la pensée de Jean Gayon, philosophe majeur des sciences en France et reconnu outre-Atlantique, tout particulièrement pour ses travaux en philosophie et histoire des sciences de la vie.

L’ouvrage traite des rapports entre philosophie et histoire des sciences, et des principales questions d’histoire et de philosophie de la biologie qui ont jalonné l’itinéraire intellectuel de Jean Gayon : Darwin, la biologie évolutive, la génétique et la biologie moléculaire, l’évolution humaine et divers aspects des rapports entre biologie et société à l’époque contemporaine (racisme, eugénisme, biotechnologies, biomédecine).

Jean Gayon offre des synthèses personnelles, en réponse aux questions que Victor Petit lui adresse sans concession. Cette démarche associe rigueur scientifique et prise de risques dans des réponses qui vont à l’essentiel.

The environment. A history of the idea
Paul Warde, Libby Robin, Sverker Sörlin
John Hopkins University Press, 2018, 256 p.

Is it possible for the economy to grow without the environment being destroyed? Will our lifestyles impoverish the planet for our children and grandchildren? Is the world sick? Can it be healed? Less than a lifetime ago, these questions would have made no sense. This was not because our ancestors had no impact on nature– nor because they were unaware of the serious damage they had done. What people lacked was an idea: a way of imagining the web of interconnection and consequence of which the natural world is made. Without this notion, we didn’t have a way to describe the scale and scope of human impact upon nature. This idea was “the environment”.

In this fascinating book, Paul Warde, Libby Robin, and Sverker Sörlin trace the emergence of the concept of the environment following World War II, a period characterized by both hope for a new global order and fear of humans’ capacity for almost limitless destruction. It was at this moment that a new idea and a new narrative about the planet-wide impact of people’s behavior emerged, closely allied to anxieties for the future. Now we had a vocabulary for talking about how we were changing nature: resource exhaustion and energy, biodiversity, pollution, and – eventually – climate change.

With the rise of “the environment”, the authors argue, came new expertise, making certain kinds of knowledge crucial to understanding the future of our planet. The untold history of how people came to conceive, to manage, and to dispute environmental crisis, The environment is essential reading for anyone who wants to help protect the environment from the numerous threats it faces today.

Rapports sciences, technologies et sociétés

Global sustainability and communities of practice
Carl A. Maida, Sam Beck (Eds)
Berghahn, 2018, 236 p.

Collaboration between experts and the public is vital for effective community engagement aimed at improving the lives of the most vulnerable in society, whether at the local or global level. Using case-based and theoretical chapters that examine rural and urban communities of practice, this volume illustrates how participatory researchers and students, as well as policy and community leaders, find ways to engage with the broader public when it comes to global sustainability research and practice.

Interdisciplinarité

Exploring transdisciplinarity in art and sciences
Zoï Kapoula, Emmanuelle Volle, Julien Renoult, Moreno Andreatta (Eds)
Springer, 2018, 357 p.

The book is organized around 4 sections. The first deals with the creativity and its neural basis (responsible editor Emmanuelle Volle). The second section concerns the neurophysiology of aesthetics (responsible editor Zoï Kapoula). It covers a large spectrum of different experimental approaches going from architecture, to process of architectural creation and issues of architectural impact on the gesture of the observer. Neurophysiological aspects such as space navigation, gesture, body posture control are involved in the experiments described as well as questions about terminology and valid methodology. The next chapter contains studies on music, mathematics and brain (responsible editor Moreno Andreatta). The final section deals with evolutionary aesthetics (responsible editor Julien Renoult). Chapter “Composing music from neuronal activity: the Spikiss project” is available open access under a Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International License via link.springer.com.

Sciences de la vie et de la nature

Le végétal, savoirs et pratiques
Aliénor Bertrand (Ed.)
Cahiers philosophiques, 152-153, Vrin, 2018, 119 p. et 139 p.

La crise écologique contemporaine nous enjoint à réformer nos pratiques du végétal. Elle nous somme aussi d’interroger la constitution de nos savoirs. Cet aiguillon a ouvert un nouveau champ scientifique, la neurobiologie végétale, née de la transposition des méthodes d’études du comportement animal au comportement végétal. Nous découvrons donc que les plantes pensent, apprennent et sont capables de communiquer.

Confrontés à de tels énoncés, les philosophes sont appelés à croiser le fer avec les biologistes : qu’appelle-t-on ici mémoire, apprentissage, intelligence ? Mais ils doivent aussi se rendre attentifs au fait que les collectifs non modernes reconnaissent de longue date de tels pouvoirs aux plantes et règlent sur eux leur savoir-vivre. Le regard de surplomb qui marque l’ethnobotanique, et, ce faisant, la place des savoirs « locaux » dans les négociations internationales sur la biodiversité ne serait-il pas obsolète ? Le temps est venu de rapports cosmopolitiques nouveaux, facilité par le renouvellement du dialogue de l’anthropologie et les sciences de la nature. Faute de quoi les plantes risquent fort de continuer à être traitées comme des thermostats sophistiqués, et la forêt réduite à un puits de carbone, vouant l’ensemble des collectifs du monde – et pas seulement les peuples forestiers – au risque de la disparition.

Sciences humaines et sociales

30 ans d’indisciplines. 1988-2018…
Dominique Wolton (Ed.)
Hermès, 80, CNRS Éditions, 2018, 360 p.

Depuis sa création en 1988, la revue Hermès étudie la communication dans toute sa complexité. Le XXe siècle a vu l’explosion des techniques de communication : de la radio à la télévision, d’Internet et des réseaux à la toute-puissance des Gafa. Le bouleversement est tel que certains parlent aujourd’hui de « société », voire de « civilisation du numérique ». Pourtant, la technique ne suffit pas à constituer un projet politique ; la communication est une question qui la dépasse toujours.

À l’occasion des trente ans de la revue, c’est à un parcours à la fois rétrospectif et prospectif qu’est convié le lecteur. Associés aux trois axes de recherche privilégiés par Hermès – la cognition, la communication et la politique –, des concepts tels que l’espace public, la traduction, les controverses, le numérique, les événements, l’information, la culture, la mondialisation, la diversité culturelle… sont analysés et mis en perspective suivant une démarche libre de toute entrave disciplinaire, c’est-à-dire résolument interdisciplinaire, qui est la marque distinctive d’Hermès. Des chercheurs et une dizaine de personnalités scientifiques, littéraires ou artistiques témoignent ici de l’importance prise par la communication comme enjeu théorique, politique et humain.

Ce numéro intéressera un vaste public : étudiants et chercheurs au premier chef, mais aussi tous les citoyens désireux de comprendre une époque profondément transformée par la mondialisation et l’essor des techniques de communication. D’ailleurs, ce n’est pas parce que les hommes disposent de davantage d’outils pour échanger plus rapidement que les murs sont tombés, que les guerres ont cessé, que les distances culturelles se sont amenuisées. L’interaction n’est pas la communication. Plus que jamais, il est indispensable de penser la communication dans son ensemble, et pas seulement dans sa dimension technique. C’est précisément ce à quoi invitent les contributions réunies dans la présente livraison d’Hermès.

« Il faut dire que les temps ont changé… »
Daniel Cohen
Albin Michel, 2018, 270 p.

Nous sommes en train de comprendre ce qui s’est passé depuis cinquante ans. L’hystérie du monde du travail, la grande protestation des peuples, l’enfermement des nouvelles générations dans une espèce de présent perpétuel sont les conséquences de l’effondrement d’une civilisation : celle de la société industrielle. L’une après l’autre, les utopies de gauche et de droite se sont fracassées sur une réalité qu’il est désormais possible de désigner par son nom : la société digitale. Elle nous transforme en une série d’informations qu’un logiciel peut traiter à partir de n’importe quel point du globe.

Une immense frayeur traverse la société. Le travail à la chaîne d’hier a-t-il laissé la place à la dictature des algorithmes ? Les réseaux sociaux sont-ils le moyen d’un nouveau formatage des esprits ? Par un formidable retour en arrière, les questions de l’ancien monde sont en train de resurgir au cœur du nouveau. Les temps changent, mais vont-ils dans la bonne direction ?

Ce livre iconoclaste permet de comprendre le désarroi dont le populisme est l’expression. Il décrypte d’une façon lumineuse des événements dont le sens nous échappe parfois, tout en ayant l’ambition de veiller à la défense des valeurs humanistes au nom desquelles le nouveau monde a, aussi, été créé.

La Société de l’invention. Pour une architectonique philosophique de l’âge écologique
Jean-Hugues Barthélémy
Éditions Matériologiques, 2018, 432 p.

L’urgence et l’importance dramatiques de la question écologique n’ont d’égale que l’incertitude sur sa signification philosophique profonde. Plutôt donc que de partir du problème écologique radical auquel l’humanité devra se confronter durant les prochaines décennies, il s’agit de montrer que si la philosophie parvient à opérer une régression refondatrice depuis la brûlante « question animale » jusqu’à la question architectonique du sens et de sa crise (première partie), alors le philosopher peut se hisser à la hauteur des enjeux écologiques du siècle en se réinventant dans toutes ses dimensions, comprises désormais comme dimensions du sens lui-même. Mais cette pluridimensionnalité du sens ne pourra être pensée sans contradiction que si l’individu philosophant s’interroge dans le même temps sur ce qu’impliquait, à son insu, son propre rapport au faire-sens des significations – les mal nommées « re-présentations » (seconde partie).

Milieu de tous les milieux qui s’y laissent penser, le sens est alors le non-objet d’une écologie philosophique fondamentale recevant ici le nom d’écologie humaine, expression vieille d’un siècle qui, pour la première fois, se met à désigner une méthode archiréflexive par laquelle l’individu philosophant parvient à déjouer le piège de son intention[n]alité en tant que structure d’oubli de sa propre non-originarité. En découlent une redéfinition des domaines épistémo-ontologique, politico-économique et pédagogico-axiologique de la philosophie et de leurs liens, mais aussi un humanisme décentré reconnaissant des droits à tout sujet sensitivo-émotif au moins. Car le droit n’est plus ici un « système de la compatibilité des libres arbitres » qui serait axiologiquement fondé, mais il est le système de la compatibilité des besoins en souffrance, la responsabilité juridique reposant sur l’être-en-dette économique en tant que régime de normativité qui n’est ni ontologique ni axiologique. Telles sont les voies d’une future mais vitale réinvention sociale qui puisse aussi définir une Société de l’invention théorique et pratique.


© NSS-Dialogues, EDP Sciences 2018

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